COMMENT Nostradamus a-t-il caché sa Prophétie ?

Les meilleurs cryptographes du 16e siècle considéraient que les meilleurs textes chiffrés étaient ceux qui ne laissaient pas soupçonner qu'ils étaient chiffrés. Si l'on ne soupçonne pas que votre texte cache quelque chose, l'on n'essaiera pas de la trouver et votre secret sera sauf.

Le premier problème de Nostradamus était donc de s'assurer que ses contemporains ne se rendraient jamais compte que le texte qu'ils lisaient en cachait d'autres.

Son deuxième problème était certes moins urgent, mais non moins capital : si, durant des siècles, personne ne s'aviserait de la nature chiffrée de ses textes, comment pouvait-il être sûr que sa Prophétie cachée serait découverte à temps pour venir en aide à ceux qui en auraient le plus besoin ?

Ces deux problèmes peuvent se résumer ainsi : si vous cachez quelque chose trop bien, personne ne le trouvera ; si vous ne le cachez pas suffisamment bien, quelqu'un le trouvera et vous dénoncera. Comment Nostradamus a-t-il construit une oeuvre dont le caractère chiffré se révélerait au bon moment ?  Voici comment.

Connaissant l'avenir au moins jusqu'à l'été 2017, Nostradamus savait donc aussi qui aurait intérêt à la supprimer et qui serait en mesure de le faire. Si ce personnage venait à découvrir son secret, rien ne pourrait plus empêcher sa destruction. Nostradamus a donc décidé d'attendre la mort de ce tyran avant de permettre la découverte de son secret.

Le dernier tyran sur sa liste ?  Adolf Hitler. L'année de sa mort ?  1945. Il a donc construit ses textes de manière à empêcher leur découverte avant la mort d'Hitler. Ce faisant, et à son grand chagrin, il condamnait les Juifs d'Europe au sort que l'Occupation nazie allait leur réserver.

Quant à la date butoir au delà de laquelle sa Prophétie cachée deviendrait inutile, soit le 13 août 2017, Nostradamus devait donc s'assurer qu'elle serait découverte bien avant 2017.

Pour la très longue période allant de 1557 à 1945, Nostradamus s'est contenté de susciter un intérêt constant pour ses textes publiés, permettant à son lecteur de constater ex post facto qu'il avait réellement vu l'avenir. Tous ses exégètes se seront aussi rendu compte que ses textes obscurs ne pouvaient être compris avant que les événements qu'ils décrivent soient survenus ou sur le point de survenir. Voilà une condition essentielle du style qu'il adopterait, soit quelque chose d'intelligible, mais pas suffisamment intelligible pour vendre la mèche.

Pour la courte période allant de 1945 à 2017, au cours de laquelle Nostradamus voulait que son secret soit découvert, il lui fallut ajouter un ingrédient à la recette. Non seulement ses textes devaient-ils être intelligibles, quoique obscurs, ils devraient aussi contenir un élément permettant à leur lecteur de se rendre compte qu'ils cachaient quelque chose. De nombreuses fausses pistes furent ainsi employées. Une fois l'événement passé, son lecteur se rendrait compte que quelque chose n'allait pas dans le texte original. Plus précisément, son lecteur saurait que le texte aurait dû avoir été écrit autrement, mais ne l'a pas été. Ce qui l'aurait mené logiquement à se poser la question : mais pourquoi le texte a-t-il été écrit ainsi ?

Un charabia intelligible, voilà comment Nostradamus écrirait. Un texte qui devait être compréhensible jusqu'à un certain point (pour empêcher son lecteur de se rendre compte qu'il lit un texte chiffré), mais qui ne devait pas être trop intelligible (pour empêcher que son lecteur puisse prédire l'avenir en le lisant tel quel). Nous savons désormais que personne n'y est parvenu.

Mais comment ses textes publiés furent-ils chiffrés ?  Pour que son secret puisse éventuellement être découvert, Nostradamus devait laisser filtrer son propos dans son texte chiffré. Sa technique de chiffrement devait donc le permettre. Pour mener son lecteur à la découverte d'un événement futur, elle devait aussi permettre le chiffrement de plus d'un texte dans le même texte publié ; par exemple, un texte porterait sur l'événement que le texte publié laisse soupçonner, et un autre sur les circonstances de la destruction de Paris. Et en répétant inlassablement la description de ces circonstances dans tous ses textes chiffrés, Nostradamus savait bien que -- tôt ou tard -- la loi de la moyenne ferait en sorte que cette version apparaitrait sous les doigts d'un déchiffreur occupé à chercher l'autre version.

La méthode la plus simple, portative, facile à déchiffrer, est l'anagramme hermétique. De plus, s'il devait absolument employer des chiffres, alors une simple substitution de lettres pour des chiffres ferait l'affaire. Voilà !  Une anagrame hermétique par ligne de texte et un remplacement de chiffres par les lettres correspondantes, telle est la méthode employée par Nostradamus dans sa trentaine de livres.

Par exemple ?  En mai 1555, Nostradamus publiait ce poème :

-------------- C E N T V R I E   P R E M I E R E.
---------------------- (édition de 1555)

---- 25 - Perdu,trouué,caché de si long siecle
--------- Sera pasteur demi dieu honore,
--------- Ains que la lune acheue son grand cycle
--------- Par autres veux sera deshonoré.

Du vrai charabia intelligible. Jusques à quand ?  Jusqu'à ce qu'un chimiste français appelé Louis Pasteur reçoive le titre de Bienfaiteur de l'Humanité pour ses longs travaux sur le lien entre bactéries et diverses maladies infectieuses. Après coup, le poème prend vie. Il parle de quelque chose de trouvé, après avoir été caché pour des siècles ; il parle de quelqu'un, quelqu'un qui recevra tous les honneurs, tel un demi-dieu ; quelqu'un qui -- avant la fin d'un grand cycle lunaire -- serait deshonoré par d'autres.

Les lecteurs de Nostradamus se rendent compte après coup qu'il leur a laissé tout un indice, le nom de cette personne, Pasteur. En n'employant pas le P majuscule, il laissait supposer que le mot pouvait avoir son sens habituel, celui du pasteur guidant ses ouailles.

Quatre anagrammes hermétiques plus tard, une première version du texte caché confirme le sujet du poème :

--------- Louis Pasteur cure la rage des chiens
--------- quand Paris rira de cest Homme
--------- si génial qui a eu la chance de nous ayder
--------- à nous arracher de la rude peste.

Louis Pasteur a effectivement vacciné un chien contre la rage, alors que les médecins les plus célèbres de Paris se moquaient de ce génie qui conduisit l'Humanité à se débarrasser du fléau de la peste.

Mais alors, le secret de Nostradamus, celui de la destruction de Paris, où est-il ?  Le même poème produit un autre jeu d'anagrammes hermétiques, celui-ci parlant de...

--------- Ce si Cher Claude trouue ma rude prose
--------- et Mon Paris rira de cest Homme
--------- si génial qui a eu la chance de nous ayder
--------- à nous arracher de la rude peste.

Cette fois-ci, ce qui était autrefois caché est maintenant trouvé (le premier vers du poème original) et il ne s'agit plus de ces bactéries invisibles vues par Pasteur sous son microscope, il s'agit de la prose cachée, une rude prose, affirme Nostradamus, destinée à aider Paris à fuir une rude peste.

Dans les deux cas, Paris se moque d'une personne qui tente d'aider la cité. Dans le premier cas, pour la débarrasser des maladies infectieuses, dans le second, en aidant ses gens à fuir la rude peste de l'atome qui s'abattra sur elle.

Dans ce cas-ci, seules deux anagrammes ont varié. Les deux dernières n'ont pas changé, mais leur sens est très différent. Voilà un exemple répondant à la question : Comment Nostradamus a-t-il caché sa Prophétie ?

Claude Latrémouille
Le 8 mars 2004

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Dernière mise à jour le 2004-03-08
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